Retour AG 2018 : Croissance et neurosciences, le maillon au cœur de nos intelligences…

Croissance et neurosciences, le maillon au cœur de nos intelligences…

Rêverie pendant la conférence de Valentine Frognier à l’UPBPF début février, durant laquelle je me remémore certains enfants que j’ai accompagnés : Solal et son hypervigilance, Zoé et la sidération, la carapace tonique et l’insensibilité de Manon et les troubles d’attachement de Younès. Tant de réponses-défenses mises en place par ces enfants dans leur vécu corporel propre suite à des situations de stress répétées qui font tourner l’amygdale comme une spirale infernale, laquelle ordonne la production de cortisol en continu. Ce même cortisol qui détruit les cellules nerveuses du système limbique (le cerveau émotionnel) lorsqu’il est secrété en grande quantité.

Quelle image ont-ils d’eux-mêmes et du monde ? Quelles conséquences sur leur intelligence relationnelle  et cognitive actuelle et future? Comment accompagner ces enfants à nouer une relation autre avec eux-mêmes pour devenir sujet-ressource et non plus objet de tensions ?

Fermement assise sur ma chaise, je frissonne en ressentant presque les coups portés et ressens un profond malaise: un enfant sur deux aurait subi une forme de violence, qu’elle soit physique ou affective, un parent sur deux frappe son enfant avant l’âge de deux ans... Le constat est alarmant ! Bien que celle-ci ne me soit pas étrangère – qui n’a pas discerné dans sa pratique, les signes des mécanismes de défense mis en place par les enfants – je reste toutefois abasourdie par les répercussions qu’a la violence des mots et que l’on croit souvent anodine. A tort.

Pourtant, l’enfant est loin d’être neutre ; c’est un être sensible et sensé. Les troubles psychologiques chez les enfants ayant un vécu de violence émotionnelle sont plus élevés que chez les enfants ayant vécu des violences physiques. Ce qu’il voit, entend, peut semer la confusion en lui et  le plonger dans la peur, voire même dans la terreur. Les expériences affectives et sociales ont une influence considérable sur son cerveau encore immature. Toute violence éducative ordinaire (cris, paroles blessantes, jugements, gifles) a un impact physiologique non négligeable sur son cerveau. Son circuit neuro moteur et son système limbique s’en trouvent altérés et provoquent des lésions sur la maturation de celui-ci.

Les neurosciences sont en train de nous le prouver : « Chez les nourrissons vivant dans des milieux familiaux très inadéquats sur le plan éducatif, les IRM en trois dimensions montrent une baisse du nombre de neurones de 16% par rapport à l’hippocampe de nourrissons témoins vivant dans des milieux familiaux « suffisamment sécurisants ». D’autres zones cérébrales sont aussi touchées. Le stress précoce et continu atteint donc le cerveau en développement d’une manière qui peut être définitive. »[1]

Un nouveau portage tant psychique que physique peut-il se faire au moyen de la relaxation activo-passive de Wintrebert, qui implique le psychomotricien (par des inductions proprioceptives, tactiles et verbales) et l’enfant (qui sera, dans un premier temps passif aux inductions et ensuite actif, en réalisant sa propre relaxation) ?

Je suis immédiatement replongée dans ma formation durant laquelle  nous avions longuement expérimenté cette relaxation, portés par la voix de l’oratrice. Quelques traces subsistent : celle de mon poignet se soulevant du sol et s’abaissant ensuite est toujours bien présente. Ainsi que les sensations de lourdeur et de chaleur qui se ravivent presque instantanément, la respiration se fait plus lente et plus profonde…Le corps détendu et réapproprié, les images peuvent alors prendre le chemin de l’imaginaire et trouver la voie d’une symbolisation.

Les psychomotriciens présents ce samedi n’ont eu cesse de nous le rappeler ; il est de notre devoir de protéger et prendre soin de ce potentiel humain qui n’éclot qu’à travers le lien qu’on lui offre. A bon décideur, salut !

[1] BERGER M, BONNEVILLE « Protection de l’enfance : l’enfant oublié. » édition Yakapa.be 2007 p.15