COVID-19 – Recommandations pour le Télésoin

Recommandations éthiques du groupe « Charte Ethique », dans le cadre du Covid19.

Nous avons tenu à distinguer deux formes d’intervention du psychomotricien lors de cette période transitoire Covid19 : le maintien du lien et le maintien du soin à distance.

  • Par téléphone, sms, mail…, dans l’objectif d’un maintien du lien avec le bénéficiaire et la continuité du soutien à la parentalité : écouter le parent, répondre à ses questions en donnant des conseils, maintenir un lien verbal avec l’enfant s’il est en mesure de le faire, ou avec un adulte suivi…Ce maintien du lien nous semble représenter le minimum que chaque psychomotricien, dans la mesure du possible, doit assurer avec ses bénéficiaires ou leurs représentants.
  • Par télésoin : il intervient dans un second temps, dans un souci de maintenir le soin à distance, après le maintien du lien avec le bénéficiaire dans l’actualité, c’est une proposition transitoire dans la continuité d’un projet global de soin, avec un avant et un après le confinement.

 

Le suivi psychomoteur en télésoin réalisé par un psychomotricien reconnu par l’UPBPF .

Définition :
Le télésoin est une pratique de soin à distance qui utilise les TIC (Technologies de l’Information et de la Communication); il permet le maintien du soin entre le bénéficiaire et le praticien, pour nous, le psychomotricien.

Le bénéficiaire au sein du télésoin :
Le soin au bénéficiaire reste le centre de notre engagement et de notre pratique, on s’assurera que :

° le bénéficiaire est informé des différentes possibilités : « maintien du lien » ou « maintien du soin par télésoin »

° aucune pression ne sera exercée auprès d’un bénéficiaire ou son représentant pour un suivi en télésoin ; une séance d’essai peut être proposée afin que le bénéficiaire ou son représentant
puisse prendre connaissance concrètement de cette nouvelle possibilité de maintien du soin.

° il y a accord par une acceptation écrite du bénéficiaire ou de son représentant, pour poursuivre le suivi par télésoin dans les circonstances actuelles ; si le bénéficiaire est un enfant, l’accord des deux parents est indispensable; un mail type pourrait être rédigé par le psychomotricien et transmis au bénéficiaire.

° le bénéficiaire présente des capacités d’interaction directes via un écran ou est accompagné par une personne apte à la télécommunication.

° le bénéficiaire doit pouvoir être identifié clairement et les personnes qui l’accompagnent aussi.

° le bénéficiaire ne présente pas de troubles psychomoteurs ou de la personnalité incompatibles avec le télésoin.

° le télésoin exige une co-création entre le psychomotricien et le bénéficiaire.

° pour le suivi d’un enfant, l’alliance thérapeutique : parent/enfant/psychomotricien, avec le parent comme intermédiaire,  doit être repensée au sein de ce nouveau cadre de référence.

Le cadre de l’intervention psychomotrice par télésoin:

° Il est essentiel que le psychomotricien garde la singularité de son intervention en référence au « Profil Professionnel » et à la « Charte Ethique ».

° Le suivi par télésoin intervient au sein d’un projet global de suivi psychomoteur du bénéficiaire, qui comprend un avant confinement où le suivi était en présentiel et idéalement un après confinement où le suivi psychomoteur pourra reprendre en présentiel.

° Le contenu du suivi psychomoteur reste au plus proche et en cohérence avec les objectifs déjà annoncés en présentiel au bénéficiaire ou à ses représentants, suite au premier entretien et bilan d’observation de la dynamique psychomotrice. Il sera particulièrement vigilant à proposer un suivi en lien avec le « Profil Professionnel » et à ne pas réaliser des actes qui relèveraient de la spécificité d’une autre profession travaillant en télésoin ou en téléconsultation.

° Dans le cas d’une nouvelle demande de soin psychomoteur: si elle peut attendre la fin du confinement, il est recommandé de fixer un rdv pour le premier entretien à la sortie du confinement. S’il s’agit d’une demande d’aide urgente, nous invitons les psychomotriciens à rester prudents et à éventuellement réorienter la personne vers un médecin ou un service de santé mentale de première ligne qui pourra juger de l’adresser ou non à un psychomotricien, ou à un autre professionnel.

° Le premier entretien et le bilan d’observation de la dynamique psychomotrice du bénéficiaire doivent se faire en présentiel avec le patient et éventuellement ses accompagnants. Commencer un suivi psychomoteur avec un nouveau bénéficiaire non rencontré en présentiel durant cette période exceptionnelle est, pour l’instant, déconseillé.

° L’intervention psychomotrice en télésoin sera préparée en amont avec le bénéficiaire ou son représentant :

Aspects informatiques : s’assurer du bon fonctionnement technique, de la bonne visibilité, audition…

Choix du lieu où le psychomotricien va s’installer avec son écran et choix d’un lieu adapté dans le logement du bénéficiaire ; le psychomotricien sera vigilant à proposer toujours le même espace, dans l’idéal, au sein de la salle de psychomotricité.

Prendre en compte les personnes présentes dans le logement du bénéficiaire, qui interviennent durant la séance.

° Le temps de la séance sera identique à celui d’une séance en présentiel (en général + ou- 45 mns); un temps au début de présentation des objectifs, puis un temps de reprise de ce qui s’est déroulé seront établis. La dimension temporelle qu’exige l’intégration au sein du suivi psychomoteur reste essentielle en télésoin.

° Le psychomotricien gardera, dans la mesure du possible, des liens avec les autres professionnels intervenant auprès du bénéficiaire.

° le paiement de la séance en télésoin s’effectuera après la séance; son montant devra notamment prendre en compte la situation dans laquelle se trouvent certains bénéficiaires ou leurs représentants, considérant les mesures prises dans le cadre du covid19. Il sera clairement établi et mentionné dans la convention acceptée en amont par le psychomotricien et le bénéficiaire ou son représentant, par mail.

Le secret professionnel dans le cadre du télésoin :

° Le suivi par télésoin respecte les règles de confidentialité du « secret professionnel » ; le psychomotricien doit donc tenir compte de la présence éventuelle de tiers dans le lieu de vie du bénéficiaire.

° En référence au “Droit à l’image”, aucun enregistrement de la séance en télésoin ne sera autorisé par le psychomotricien, le bénéficiaire ou son représentant, sauf accord rédigé au préalable entre le psychomotricien et le bénéficiaire ou son représentant.

° Le psychomotricien prêtera attention au niveau de confidentialité que permettent les applications informatiques par l’intermédiaire desquelles il réalisera le télésoin ; certaines répondent au label RGPD, elles sont conseillées en priorité.

Questions et réflexions que le télésoin nous invite à nous poser.

A faveur de la crise du Covid 19, le groupe « charte Ethique », s’est interrogé sur plusieurs points qui ne sont pas exhaustifs :

Comment nous ouvrir au télésoin, sans perdre notre identité professionnelle, en respect de notre Charte Ethique, et ressortir de cette pratique, enrichis de la découverte et l’utilisation rigoureuse de technologies informatiques, tout en restant dans une continuité de nos suivis psychomoteurs et en maintenant une alliance indispensable avec nos bénéficiaires, au centre de nos préoccupations ?

La réflexion quant au cadre éthique pour chaque psychomotricien est d’autant plus importante dans le télésoin qu’il y a absence de recul à partir d’un cadre d’exercice défini pour cette forme de suivi psychomoteur très peu répandu  en Belgique comme dans d’autres pays européens (la France a un projet légal en cours depuis novembre 2019, dont l’accord vient d’être signé, dans le cadre du covid19…. ; en France, sans cet accord officiel, le paiement des séances en télésoin ou utilisation d’autres moyens de communication était interdit…) ; nos pensées, théorisations et nos pratiques en télésoin devront aller de pair. Dans ce cadre exceptionnel d’intervention en télésoin, il est donc indispensable que chaque professionnel psychomotricien soit conscient que l’éthique de sa démarche n’est pas qu’individuelle mais impacte le groupe des psychomotriciens dont il fait partie, notamment l’UPBPF, et la défense de notre spécificité professionnelle.

Le psychomotricien devra rester vigilant à ne pas s’improviser psychologue, kinésithérapeute ou médecin; dans l’éventualité d’une demande urgente à laquelle il ne pourrait répondre, nous invitons les psychomotriciens à réorienter les personnes vers les psychologues ou médecins de première ligne qui réalisent des vidéoconsultations ! Nous vous rappelons l’existence de certains numéros de téléphone d’accueil comme SOS Parents (0471414333 - 7j/7 de 8h à 20h), Ecoute Enfants (103 - 7j/7 de 10h à 24h), Télé-Accueil (107 - 7j/7 24h/24)…

Qu’en est-il est la dimension corporelle du soin dans la relation, du dialogue tonico-émotionnel, dans un suivi par l’intermédiaire d’un écran au sein du télésoin, réalisé par un psychomotricien?

Le parent serait un partenaire, intermédiaire entre le spécialiste et l’enfant dans la construction d’une triangulaire : le parent, observateur en salle, deviendrait celui qui joue avec l’enfant et le psychomotricien, l’observateur dans le cadre du télésoin.

Qu’en est-il des suivis d’enfants plus âgés, de la confidentialité du suivi au sein du logement alors que les autres membres de la famille sont présents?

Qu’en est-il du suivi d’adultes ?

Qu’en est-il de la réalité de familles qui possèdent un ordinateur et de celles où le télésoin n’est pas envisageable ?

Dans les circonstances exceptionnelles actuelles, chaque psychomotricien est invité à rester au plus proche de la singularité de son intervention décrite au sein du « Profil Professionnel du Psychomotricien », et de la « Charte Ethique » qui définissent le cadre de nos pratiques. Nous vous invitons à continuer à faire preuve de créativité si vous décidez de pratiquer en télésoin. Nous espérons que notre profession et chaque psychomotricien sortiront grandis et enrichis de cette situation, parenthèse dans notre pratique, mais qui, pensée entre nous pourra sans doute se prolonger comme un nouveau moyen ponctuel de maintenir le soin psychomoteur.