LE PARCOURS IDENTITAIRE DU PSYCHOMOTRICIEN
EN BELGIQUE FRANCOPHONE

Jean-Pierre Yernaux
Représentant de l'UPBPF au niveau des Instances belges et Europeennes

La pratique psychomotrice est, de nos jours, une discipline à part entière, tant dans le domaine paramédical que pédagogique. Le champ d'intervention des psychomotriciens ne cesse de s'élargir, jusqu'à une prise en charge holistique des personnes, confrontées à différents types de "problèmes de santé", quelque soit leur âge.

Au niveau européen, de nombreux pays comme la Suisse, le Danemark, l'Allemagne, l'Italie,… inscrivent l'activité psychomotrice dans le secteur paramédical. Nos voisins proches, la France et le Grand Duché de Luxembourg, reconnaissent le psychomotricien comme un professionnel de la santé.

Vu la grande diversité des profils et des filières de formation belge en psychomotricité, et malgré l'augmentation de fonctions de psychomotriciens, il est difficile aujourd'hui d'évaluer le nombre de professionnels en activité. En effet, les psychomotriciens sont souvent répertoriés administrativement sur base de leur première profession, alors qu'ils ont été engagés pour une fonction de psychomotricien sur base d'une formation complémentaire en psychomotricité.

De plus en plus souvent, des secteurs variés comme ceux de la personne handicapée, de la petite enfance ou de la personne âgée, ainsi que ceux de la santé mentale et de la protection de la jeunesse font appel à leurs compétences. Dans les conclusions des dernières assises de la santé mentale de septembre 2006, il est proposé d'intégrer le psychomotricien comme une des fonctions de base dans les Centres de Santé Mentale. Au sein de différents parastataux en communauté française comme l'AWIPH, la COCOF, les Centres de Santé Mentale, les Crèches et l'O.N.E., etc, on reconnaît statutairement lors de l'engagement sa formation spécifique en psychomotricité, et de plus en plus souvent son diplôme paramédical en psychomotricité délivré dans l'Enseignement de Promotion Sociale.

La clarification de la psychomotricité comme profession à part entière en partant des filières de formation a fait un bond déterminant cette dernière année. Elle s'effectue à partir d'un processus d'harmonisation des différentes filières de formation au niveau de la psychomotricité. La même démarche a été effectuée par les professionnels au niveau de la spécificité de leurs interventions.

Une année déterminante fut 2007, lorsque certaines Hautes Ecoles ont pris la décision d'introduire une demande d'ouverture d'un baccalauréat paramédical en psychomotricité, destiné à remplacer progressivement l'année de spécialisation en psychomotricité de type pédagogique ainsi que l'option " psychopédagogie et psychomotricité " de la formation d'assistant en psychologie.

Une démarche, rapidement menée en partenariat et en synergie avec le Post-graduat Paramédical en Psychomotricité de l'Enseignement Supérieur de Promotion Sociale, avec le soutien de l'Union Professionnelle Belge des Psychomotriciens Francophones.

Le projet de baccalauréat a été accepté en avril 2007 par le Conseil de l'Enseignement Supérieur. En novembre 2008, l'ensemble des Hautes Ecoles de Plein Exercice s'accordait sur la fermeture de formations existantes et sur les lieux d'ouverture du nouveau baccalauréat auprès de Madame Simonet, Ministre de L'Enseignement Supérieur de la Communauté Française.

Pour correspondre aux exigences du décret intégrant l'Enseignement Supérieur de Promotion Sociale au processus de Bologne, il a été proposé de transformer le Post-graduat Paramédical en Bachelier Paramédical correspondant au Bachelier organisé par les Hautes Ecoles.

Ce baccalauréat a été construit pour correspondre au programme minimum (présenté dans un numéro antérieur de la revue) élaboré dans le cadre du Forum Européen de la psychomotricité en vue d'une harmonisation progressive des formations au sein de l'Union Européenne. Il est donc aussi en concordance avec le graduat français donnant accès en France au statut de psychomotricien. L'UPBPF est représentée actuellement au niveau du Forum Européen, devenu début 2007 l'interlocuteur privilégié de la Commission Européenne à Bruxelles pour la psychomotricité.

Le psychomotricien belge se reconnaît dans la pratique du métier en France, tant au niveau des idées qu'au niveau clinique. Il partage aussi avec ses homologues le caractère multidisciplinaire et partenarial du travail quotidien, le plaisir et la pertinence d'échanger avec d'autres professionnels des regards à la fois différents et complémentaires autour d'une même situation. Un certain nombre de psychomotriciens membres de l'UPBPF approfondissent régulièrement leur connaissance en participant à des formations continuées et des congrès organisés par le Syndicat National des Unions de Psychomotriciens (S.N.U.P.) en France. De même, l'union professionnelle entretient de bonnes relations avec ses collègues français de la Fédération Française des Psychomotriciens (F.F.P.) et de l'Organisation Internationale de Psychomotricité et de Relaxation (O.I.P.R.) par sa présence ou sa participation, lors des stages, des formations et à l'occasion de l'Université d'été organisés par l'Institut Supérieur de Relaxation Psychomotrice (I.S.R.P.) à Paris. Elle étudie avec eux la possibilité de reconnaître l'équivalence entre le post-graduat paramédical belge et le graduat français. Dès que le bachelor paramédical sera ouvert, la même démarche de reconnaissance sera entamée.

L'Union Professionnelle a également initié l'élaboration d'un document reprenant les principaux arguments justifiant la reconnaissance du statut du psychomotricien en tant que profession paramédicale en construisant un profil professionnel, accepté par tous en Belgique francophone. Ce document a été déposé au cabinet du Ministre de la santé Rudy Demotte le 24 mai 2007, ainsi qu'auprès des principaux partis politiques. Il représente aujourd'hui la base identitaire de notre métier dans la rencontre avec les autres professionnels. Il a également servi de base lors de la construction du baccalauréat paramédical. Une demande officielle de statut vient d'être faite auprès de la Ministre de la Santé, Madame Onkelinx.

Le voici :

Le psychomotricien intervient dans le champ de la santé, de l'éducation et de la recherche. Comme tout professionnel de la santé, il contribue à la prévention, au soin, à la thérapie. Il réalise des bilans, élabore des prises en charge thérapeutiques et conçoit des traitements. Il doit donc faire preuve de compétences techniques, relationnelles et personnelles diversifiées.

La spécificité du psychomotricien réside dans sa démarche, sa technicité et ses outils, qui favorisent l'intégration des interactions cognitives, émotionnelles, symboliques et physiques de l'individu. Il envisage la personne dans sa globalité et considère le corps, et plus particulièrement la mise en action tonique et corporelle, comme source potentielle de son épanouissement psychique. Ses outils sont notamment le jeu corporel, la relaxation, les médiations corporelles, l'expressivité posturale, gestuelle, … Il s'emploie, à partir d'un dialogue tonico-émotionnel avec son patient, à construire ou reconstruire, avec lui, des expériences corporelles qui lui permettent de restaurer et donner du sens au lien entre le somatique et le psychique.

Les actes de soin du psychomotricien sont actuellement identifiés dans les champs d'actions suivants :

  • le développement psychomoteur ;
  • les troubles psychomoteurs liés au retard d'acquisition motrice ou neuromotrice (troubles de la maturation et de la régulation tonique...) ;
  • les troubles psychomoteurs liés aux troubles de structuration (troubles du schéma corporel, de la latéralité, de l'organisation spatio-temporelle...) ;
  • les dysharmonies psychomotrices ;
  • les troubles tonico-émotionnels ;
  • les désordres liés à l'inhibition psychomotrice, à l'instabilité psychomotrice ;
  • les troubles caractériels ou de la personnalité ;
  • les troubles de la représentation du corps d'origine psychique ou physique (image du corps) ;
  • les troubles psychomoteurs liés au problème de l'alcoolisme, de la toxicomanie ;
  • les détériorations post-traumatiques, par le vieillissement ou la maladie, sur les plans physique ou psychique ;
  • les déficiences intellectuelles, sensorielles, motrices ou psychiques.

Nous nous félicitons du rapprochement qui s'est effectué ces derniers temps entre les psychomotriciens issus de différentes filières de formation officielle, mais aussi privée comme l'école belge de pratique psychomotrice B. Aucouturier. Sans doute, cet élément jouera t-il un rôle important dans les mois et années à venir dans le cadre du processus de reconnaissance de la psychomotricité et du psychomotricien.

C'est dans cette perspective que nous avions mis en place lors de notre dernière assemblée générale, une commission chargée d'étudier l'acceptation en tant que membres effectifs de personnes ayant acquis les compétences nécessaires du psychomotricien à partir de filières particulières ou privées.

Si les nouvelles sont excellentes, elles ne représentent pas une fin en soi. Nous sommes enfin au début du vrai processus de reconnaissance. Les Ecoles viennent de faire leur travail, harmoniser les filières de formation. Nous avons introduit une demande de statut paramédical. C'était un préalable. Maintenant le vrai travail " politique " de l'Union démarre. Nous avons besoin de vous car le travail ne manquera pas. Les différentes transformations évoquées ci-dessus, ainsi que le passage vers un statut officiel, nécessitera un investissement humain très important. Nous avons aussi besoin de votre affirmation sur le terrain en tant que professionnel psychomotricien. Soyons nombreux afin d'être unis et représentatifs.