Découvrez la revue N°1 – Juin 2009

Sommaire

  • P 3 - Le parcours identitaire du psychomotricien : nouvelles étapes - Jean-Pierre Yernaux
  • P 7 - Compte-rendu de l’Assemblée Générale du 21 février 2009
  • P 9 - Les groupes thérapeutiques d’enfants : indications, processus, cadre et dispositif - Hervé Chapellière
  • P 18 - La pratique de groupe d’aide par l’asbl « Tout en soie » - Patsy Pauwels, Anne Taymans
  • P 21 - Intimité du corps. Espace intime. Secret de soi. - Catherine Potel
  • P 31 - Bruxelles, mars 2009 : académie annuelle des étudiants en psychomotricité - Jean-Pierre Yernaux

Extrait de l'article : Intimité du corps. Espace intime. Secret de soi. - Catherine Potel

CATHERINE POTEL – Gilly, le 9 mai 2009
Texte tiré de l’ouvrage à paraître en 2010 chez Erès « Psychomotricité : un métier du présent, un métier d’avenir ».

INTIMITE DU CORPS – ESPACE DE SOI :

La question de l’intimité est une question complexe, à laquelle nous pourrions donner différents éclairages. Nous pouvons d’ores et déjà y associer différents thèmes et termes importants : Pudeur, place de chacun (enfants et parents) dans la famille, organisation dans l’espace de la maison, co-existence des intimités individuelles, intimités groupales familiales….

Aujourd’hui, c’est la question de l’espace corporel intime qui va retenir toute notre attention. Avoir un corps à soi, habité par soi. Comment émerge ou se construit le sentiment d’avoir un corps ? Un corps qui appartient à son propriétaire, heureux ou malheureux, un corps dont il a la jouissance, la maîtrise, la liberté. Sentiment en apparence banal, qui suppose harmonie et fluidité entre corps et psyché. Cette apparente banalité, pour les cliniciens avertis que nous sommes, est non seulement le fruit d’une subtile et complexe alchimie entre génétique, hérédité, organicité et psychisme, mais renvoie à la question princeps, celle de la construction identitaire, processus à l’oeuvre toute la vie.

J’ai aimé dans cette question de l’intimité, associer et ouvrir sur le royaume du secret. Ceci peut paraître périlleux. La question du secret va-t-elle de pair avec la notion d’intimité ? Secret d’un fonctionnement du corps, bruits et bruissements à cacher, secret d’une intimité odorante ou malodorante, vie intime gardée jalousement et secrètement, protégée par la pudeur. Secrets intimes, secrets des premiers émois sexuels, secrets liés à la sexualité. Autant de secrets qui dotent le corps d’un intérieur et d’une extériorité. Un corps qui imprime et qui s’exprime.

De penser le secret dans sa polysémie, sous l’angle d’un contenu, un contenu dans un contenant, ce contenant étant le corps, c’est donc considérer le corps dans sa fonction primaire d’enveloppe, telle que l’a développée Anzieu dans son concept de Moi peau. Le sentiment d’avoir des pensées, des affects, des émotions – sans en être démasqué ou intrusé par un simple regard – est nourri par l’expérience capitale et fondatrice d’avoir une enveloppe qui protège.

Ceux qui comme moi ont travaillé avec des enfants psychotiques ont rencontré plus d’une fois la béance du corps, ouvert sur l’extérieur, un corps qui se livre sans pudeur aucune, où le sens du dedans et du dehors restent ignorés, voire totalement occultés, indifférenciés qu’ils sont comme si l’expérience d’avoir une enveloppe qui sépare, protège, n’avait jamais pu ni se vivre dans une sensorimotricité essentielle et fondamentale, ni s’ élaborer. Ces expériences mêmes qui permettent à l’enfant tout petit de se construire et d’intégrer les sensations comme étant siennes et les perceptions comme un appui pour découvrir le monde extérieur.

Il est des étapes dans la vie – et ceci sans évoquer la psychose – où la sécurité d’avoir une enveloppe bien solide est mis en défaillance. À l’adolescence par exemple, le sentiment d’être soi devient parfois si peu fiable que l’adolescent recourt à des stratagèmes, des créations insolites pour se protéger de l’intrusion ou de l’angoisse de devenir étranger à soi-même. Son enveloppe devient si fine qu’elle semble pouvoir être « percée » d’un simple regard. D’où l’importance pour l’adolescent de doubler son enveloppe corporelle par des attributs extérieurs, parures ou carapaces, moyens de protection plus ou moins effcaces qui renforcent le sentiment de se garder à soi, pour soi, de se protéger.
Le recours au terme d’enveloppe vient ici au service d’un processus de construction corporelle qui repose : à la fois sur des sensations et des perceptions, sur des vraies expériences concrètes corporelles (de peau et de sens) dont l’intégration psychique est nécessaire pour qu’elles soient constructives, ainsi que sur les interactions relationnelles entre le bébé et son environnement.
Faisons maintenant un bref rappel sur ce qui se passe dans cette première année de la vie, fondamentale pour l’être humain.

AVOIR UN CORPS à SOI – un processus d’appropriation au long court :

Le sentiment d’avoir un corps à soi est loin d’être un sentiment inné. Il repose comme nous le savons tous sur un véritable processus mettant en jeu des mécanismes psychiques complexes d’appropriation, de séparation et de différenciation. Ces mécanismes psychiques étant eux-mêmes la résultante d’un travail de transformation des éprouvés, des sensations, des perceptions – tous ces éléments concrets corporels sur lesquels reposent les premières expériences d’un Moi préexistant. De ces ressentis très primaires – accompagnés, filtrés, contenus, détoxiqués par l’objet maternel – dont découle l’expérience fondatrice d’un dedans et d’un dehors, va naître un premier sentiment d’identité corporelle. Les dessins des enfants se font souvent témoignage de leur image du corps dans ces maisons qui occupent tout l’espace de la feuille ou qui au contraire se cachent, voire se minimalisent à l’extrême.

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