Découvrez la revue N°13 – Décembre 2013

Sommaire

  • P 4 - Actualités professionnelles - Jean-Pierre Yernaux
  • P 8 - Une approche psychosomatique de l'hyperactivité - Anne Gatecel
  • P 12 - A l'écoute du corps du bébé, une lecture psychosomatique - Marc Rodriguez
  • P 17 - Se dire à son rythme - Béatrice Dijon, Cécile Carouy, Katalin Hidi et Alain Delvaux
  • P 21 - Si les mots se taisaient, si les maux se disaient... - Elisabeth Castro
  • P 30 - Les yeux de Camille - Catherine Potel
  • P 37 - Chut... le corps parle ! - Odile Gaucher-Hamoudi

Extrait de l'article : "SI LES MOTS SE TAISAIENT, SI LES MAUX SE DISAIENT, SI DANS L'ESPACE, LE SILENCE PRENAIT SA PLACE, ALORS... MOI, SEBASTIEN, JE SERAIS."

ELISABETH CASTRO, psychomotricienne, formatrice.

INTRODUCTION
(…)

1ERE PHASE : LA DECOUVERTE DU MONDE SONORE

Lorsque je me présente devant la porte du domicile de l’enfant, les pleurs et cris de Sébastien m’atteignent de plein fouet.
La maman me salue à peine et me laisse entrer et ferme la porte derrière moi.

Je pense que comme signe de bienvenue il y a mieux, l’utilisation de l’humour m’aide souvent à désamorcer mes inquiétudes. La pièce dans laquelle nous sommes est exigue, l’hygiène laisse à désirer.
La télévision fonctionne à haut volume.

Sébastien est assis à même le sol, prostré dans une position identique que lors de l’observation. Il pleure sans discontinuité, tourné vers sa maman assise devant l’ordinateur.
Elle intervient de temps à autre en criant à l’enfant d’arrêter de pleurer, ce qui décuple la réaction émotionnelle de celui-ci. Je sens chez elle de l’irritation mêlée à un grand désarroi.
Sébastien est enfermé dans sa souffrance, il n’a pas regardé qui entrait dans la pièce.
Le monde sonore est envahissant et je ne sais par où commencer.

J’adresse quelques mots à la maman sur la difficulté d’entendre pleurer son enfant et le sentiment d’impuissance qu’elle peut ressentir.
Elle acquiesce de la tête puis me tourne le dos me donnant l’impression qu’elle souhaite que je prenne le relais.

Tout en gardant une certaine distance corporelle, je m’approche de Sébastien. Il lève la tête et me regarde furtivement puis replonge dans ses pleurs.
J’installe un tissu au sol et je m’assieds sur un côté. Je reste là à accueillir sa détresse, sans bouger.
Les quelques mots d’apaisement que je prononce ne semblent pas le toucher. La maman poursuit ses injonctions à intervalles réguliers.

Je dois bien avouer que toutes ses décharges sonores provoquent une certaine tension en moi. Ce ressenti avec lequel je me connecte est pourtant une ressource : j’y puise mon empathie et ma créativité pour amener des propositions de changement.

Je pense : d’abord la télé ensuite la maman et puis l’enfant.
Je demande à éteindre la télévision, dans le souci d’un meilleur travail présent et à venir. Elle acceptera et respectera cette demande tout au long des séances.

Je décide de m’asseoir entre l’enfant et la maman (dos à elle et face à l’enfant) et j’attends.
Lorsqu’elle se tourne pour lui adresser la parole, elle arrête son élan comme si mon corps représentait un obstacle. J’ai à ce moment la métaphore du barrage hydraulique qui me vient à l’esprit. Je suis le mur qui retient le flot des mots, qui contient le flux des vibrations affectives et émotionnelles dont ces mots sont chargés.
La maman n’interviendra plus.

Les minutes passent.

L’intensité des pleurs décroît. Sébastien marque de très courtes pauses mais je perçois que le silence qui s’en dégage est aussi source d’angoisse pour lui.
Ce silence n’est pas encore habité, sensation de néant, de vide morbide. Ou juste rempli de ma présence dont le sens échappe pour l’instant à l’enfant provoquant peut-être un sentiment de peur.

Je décide alors de fredonner une berceuse pour remplir l’espace de vibrations sonores positives. La réaction est quasi immédiate. Sébastien est à l’écoute de cette mélodie, il se redresse ostensiblement. Il semble s’imprégner de cette atmosphère emprunte de douceur sonore. Je perçois un léger balancement du tronc et lorsque je marquerai une pause, un contact visuel significatif s’établira.

La fin de la séance s’annonce, je veillerai à quitter, avec beaucoup de précautions et en douceur, cet espace chargé d’émotions. La maman m’accompagnera jusqu’à la porte, je la sens plus réceptive à ma présence.

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