Découvrez la revue N°4 – Octobre 2010

Sommaire

  • P 4 - Actualités professionnelles - Jean-Pierre Yernaux
  • P 5 - Jalons pour une reflexion « éthique » - Nicole Marchand
  • P 8 - Le paradigme du « jouer » dans les thérapies a médiations - Fabien Joly
  • P 25 - Ode au pouvoir corporel - Judith Kazmierczak

Extrait de l'article : ODE AU POUVOIR CORPOREL

JUDITH KAZMIERCZAK, Psychomotricienne

Conférence donnée dans le cadre du colloque « La psychomotricité … une inconnue en santé mentale ? »
Liège, mai 2010

Vous dire pour commencer pourquoi j’ai accepté de participer à cette journée de conférence avec cet intitulé : La psychomotricité… une inconnue en santé mentale ?
Suite à une remarque d’une de mes collègues, psychologue, j’ai été abasourdie de constater qu’à la fois la psychomotricité est connue et méconnue dans l’institution où je travaille… Comme si la psychomotricité s’adressait uniquement aux enfants autistes dépourvus de paroles ; le rôle du psychomotricien étant alors de favoriser l’amont au langage, c’est-à-dire s’atteler essentiellement au corporel pour enclencher des débuts de représentation et puis de symbolisation. Et, lorsqu’un enfant ayant accès au langage est envoyé en séance de psychomotricité, c’est pour y pratiquer de la relaxation, de la détente corporelle : « c’est pour calmer ses tensions, c’est pour le calmer… ». Etonnée de ces discours, j’ai osé répondre : « Mais la thérapie psychomotrice, cela existe !… et, elle est pratiquée depuis plus de 20 ans dans la maison ! ».

Suite à cette petite conversation, je me suis sentie assez renversée… Quand Françoise Dodion, deux semaines plus tard m’a contactée pour cette conférence, je me suis dit : « Je dois y aller ! Et raconter ce qu’est la thérapie psychomotrice et décrire, au plus près comment cela se passe au sein des séances… ». Je songeais aussi à l’exhortation de Mr Joly au colloque du SNUP (association française des psychomotriciens) à Angers, invitant les psychomotriciens à sortir de leurs salles pour développer sur la place publique et politique ce qu’apporte la psychomotricité dans le monde thérapeutique…

LE PARCOURS DE LILIA

Je vais vous présenter, tout d’abord, mon contexte de travail : je travaille à mi-temps en centre de jour, dans une institution accueillant des enfants souffrant de troubles envahissants du développement, dans la périphérie liégeoise. Avec deux autres psychomotriciens, j’insufle dans un groupe d’enfants de 2 à 6 ans, un climat où règne la sécurité de base nécessaire à l’éveil de leur développement. C’est là un travail passionnant où s’alternent des moments de comptines, des temps de hamac, de jeux d’eau en pataugeoire, des ateliers de musique, des repas, des petites saynètes théâtre, des moments massages, des ateliers matière (terre, peinture, bricolages, cuisine…) et des séances de psychomotricité aussi bien sûr. Tout ce dispositif tend à structurer des enveloppes contenantes du groupe et de chaque enfant.Je suis aussi amenée à pratiquer des séances individuelles avec des enfants des groupes voisins au mien.

Ainsi, pour Lilia, âgée de 12 ans, en mars 2008, il avait été préconisé en réunion de synthèse des séances de psychomotricité pour dénouer son corps raide et crispé, son corps chétif à la peau pâle, son corps véhiculant peu de plaisir de vivre… J’apprends à ce moment peu de son anamnèse.

Je vais entreprendre maintenant de raconter le récit des séances vécues avec cette pré-adolescente, en entrant au plus près du contenu corporel et psychique qui s’y est déployé. Mon objectif vise un partage clinique de mon travail de psychomotricienne. Mon objectif est de permettre à l’assemblée ici présente de visualiser les situations de travail en salle de psychomotricité, d’en palper la trame et le climat particulier. C’est pourquoi, je vais dérouler le parchemin des séances avec Lilia, le parchemin de “nos” séances comme elle me le fera judicieusement remarquer un jour, alors que j’évoquais sa séance prochaine. Par cette réflexion, Lilia redéfinissait bien l’essence de toute thérapie : la mise en résonance du patient et son thérapeute. Il s’agit d’un travail commun où s’impliquent deux êtres en présence, l’un cherchant par le jeu psychomoteur à exprimer son monde interne et l’autre cherchant à le recevoir, à le jouer en retour encore et encore afin de le déplier ce monde interne pour en permettre la lecture et en espérer un reflet éclairant puis transformant.

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